• Le vent a pénétré dans la forêt de pins. Un murmure pesant et léger.

    La Baltique murmure aussi au milieu de l’île, au fond de la forêt nous voici en haute mer.

    La Vieille femme haîssait le murmure des arbres. Son visage se fermait de mélancolie, chaque fois que la tempête se levait : 

    « Il nous faut penser à ceux qui sont là-bas, sur leurs bateaux. »

    Mais elle entendait encore autre chose dans ce murmure, tout comme moi, nous sommes parents.

    (Nous marchons côte à côte. Elle est morte depuis trente ans déjà.)

    Le murmure dit oui et non, entente et mésentente.

    Le murmure dit trois enfants bien portants, un au sanatorium et deux autres disparus.

    Le grand courant d’air qui insuffle la vie à certaines flammes et qui en éteint d’autres.

    Les circonstances.

    Le murmure :  Délivrez-moi, Seigneur, les eaux me pressent l’âme.

    On marche longtemps et on écoute et on arrive au moment où les frontières s’ouvrent

    ou plutôt

    où tout devient frontière. Une place découverte plongée dans l’obscurité. Des gens sortent groupés des bâtiments faiblement éclairés tout autour. Une rumeur.


    6 commentaires
  •  

    " Qu'ai-je donc fait ? J'ai aimé l'eau, la lumière, le soleil, les matins d'été, les ports, la douceur du soir dans les collines et une foule de détails sans le moindre intérêt comme cet olivier très rond dont je me souviens encore dans la baie de Fethiye ou un escalier bleu et blanc flanqué de deux fontaines dans un village des Pouilles dont j'ai oublié le nom. Je ne regrette ni d'être venu ni de devoir repartir vers quelque chose d'inconnu dont personne, grâce à Dieu, n'a jamais pu rien savoir. J'ai trouvé la vie très belle et assez longue à mon goût. J'ai eu de la chance. Merci. J'ai commis des fautes et des erreurs. Pardon. Pensez à moi de temps en temps. Saluez le monde pour moi quand je ne serai plus là. C'est une drôle de machine à faire verser des larmes de sang et à rendre fou de bonheur. Je me retourne encore une fois sur ce temps perdu et gagné et je me dis, je me trompe peut-être, qu'il m'a donné - comme ça, pour rien, avec beaucoup de grâce et de bonne volonté - ce qu'il y a eu de meilleur de toute éternité : la vie d'un homme parmi les autres." ~ Jean d'Ormesson

     


    4 commentaires
  •  

    "J’appelle féminin cette qualité que la femme réveille au cœur de l’homme,
    cette corde qui vibre à son approche.

     

    J’appelle féminin le pardon des offenses,
    le geste de rengainer l’épée lorsque l’adversaire est au sol, l’émotion qu’il y a à s’incliner.

     

    J’appelle féminin l’oreille tendue vers l’au-delà des mots,
    l’attention qui flotte à la rencontre du sens,
    le palpe et l’enrobe.

     

    J’appelle féminin l’instinct qui, au-delà des opinions et des factions flaire le rêve commun."

     

    Christiane Singer

     


    8 commentaires
  •  

     

     Les chevaux du destin.

    Un modeste paysan vivait au nord de la Chine, aux confins des steppes hantées par les hordes nomades. Il rentra un jour de la foire en sifflotant avec une superbe pouliche qu'il avait achetée à un prix raisonnable, engloutissant tout de même cinq ans d'économies. Quelques jours plus tard, son unique cheval, qui constituait tout son capital, s'échappa et disparut vers la frontière. L'événement fit le tour du village et les voisins vinrent tour à tour plaindre le fermier de sa malchance. Il haussait les épaules et répondait imperturbablement :
    - Les nuages cachent le soleil mais apportent la pluie. D'un malheur naît parfois un bienfait. Nous verrons.
    Trois mois plus tard, la jument réapparut avec un magnifique étalon sauvage caracolant à ses côtés. Elle était grosse. Les voisins vinrent féliciter l'heureux propriétaire :
    - Vous aviez raison d'être optimiste. Vous perdez un cheval et vous en gagnez trois !
    - Les nuages apportent la pluie nourricière, et parfois l'orage dévastateur. Le malheur se cache dans les plis du bonheur. Attendons.
    Le fils unique du paysan dressa l'étalon fougueux et prit plaisir à le monter. Il ne tarda pas à faire une chute de cheval où il faillit se rompre le cou. Il s'en tira avec une jambe cassée.
    Aux voisins qui venaient à nouveau lui chanter leur complainte, le philosophe campagnard répondit :
    - Calamité ou bénédiction, qui peut savoir ? Les changements n'ont pas de fin en ce monde impermanent. Quelques jours plus tard, la mobilisation générale fut décrétée dans le district pour repousser une invasion mongole, tous les jeunes gens valides partirent combattre et bien peu regagnèrent leurs foyers. Mais le fils unique du paysan, grâce à ses béquilles, échappa au massacre.

    Contes des sages taoïstes


    7 commentaires
  •  

     Mon pays fait vingt et un centimètres de large, sur vingt-neuf de long: une feuille de papier blanc.

     


    10 commentaires


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique